Unlimited Miles

cyclosportives, ultra et randonnées

02 juillet 2009

Le calme après la tempête.

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C'est qui le gugus devant Robic?


Comment réussir un atterrissage en douceur après une dizaine de jours survoltés passés dans une quatrième dimension où tous nos repères ont volé en éclat ? Comment réintégrer un quotidien terriblement banal articulé autour des horaires de bureau alors que l'on vient de traverser les Etats-Unis  en franchissant en permanence les limites du raisonnable. Nous avons vécu un long Road Movie déstructuré à 17,8 km/h de moyenne rythmé par l'avancée du Crazy Gone, alternant coups de bourre et coups de barre. La relation assistant/assisté est complexe, parfois conflictuelle, mais l'objectif de ce binôme inséparable est clairement identifié: avancer quoi qu'il arrive.

Faire une assistance sur une épreuve de l'ampleur de la RAAM est une expérience difficile mais d'une richesse incroyable. Dix personnes ont appris à se connaître confrontées à des situations souvent complexes, conjuguant fatigue, stress, bonheurs simples, franches rigolades, coups de gueule, incertitudes, inconnues, manque de confort… Une seule solution pour rester entier sur les routes de la RAAM: s'avoir s'adapter en permanence et appliquer le système D. Sur le plan humain, ces dix jours auront été d'une telle densité qu'il est difficile d'en revenir indemne. Pas de doublage possible sur la RAAM, pas la peine de lire les sous-titres, tout le monde se révèle sous son vrai visage. Deux jours après le retour, mes pensées sont encore là bas, perdues quelques part entre les déserts de Californie et de l'Arizona, les paysages surnaturels de Monument Valley et du Colorado, l'immensité des Rocheuses, les plaines infinies du Kansas, la moiteur du Mississipi, la verdure de l'Indiana… et ce retour anticipé sur Washington.

Malgré les problèmes divers qu'il a fallu résoudre, les difficultés rencontrées, les efforts consentis, la fatigue accumulée, pour rien au monde je n'aurai raté cette aventure. La RAAM, c'est une tranche de vie condensée qui se projette sur écran géant en son dolby stéréo THX. Ça secoue, ça prend aux trippes, on aime ou on déteste, impossible de rester insensible.

L'une des nombreuses inconnues pour moi était de savoir comment j'allais vivre cette coupure totale de 17 jours. Je constate maintenant que le vélo ne m'a absolument pas manqué durant cette période tant mon esprit était absorbé par les tâches à accomplir. Pas une seule fois je me suis projeté dans la peau de Dominique à me dire "qu'est ce que je l'envie! J'aimerai bien être à sa place!". Mon rôle était bien clair dans ma tête, j'étais là pour aider Dominique à atteindre son objectif et rien d'autre. Pour un pratiquant de l'Ultra, la possibilité de vivre une RAAM de l'intérieur est unique. Les enseignements à en tirer sont d'une richesse insoupçonnable. L'expérience d'une assistance ne constitue absolument pas un sacrifice. Pour un cycliste il s'agit d'une simple parenthèse dans une saison permettant de prendre du recul, de s'interroger sur sa propre pratique, de se questionner sur le sens d'une discipline complexe. En dix jours j'en ai probablement autant appris qu'en cinq ans d'activité dite "ultra".

J'ai retrouvé mon Road Burner avec beaucoup de plaisir en début de semaine. Le régime alimentaire et le manque de sommeil enduré durant le séjour aux Etats-Unis ont fait beaucoup de dégâts. La fréquence cardiaque a pris 10 pulses au repos et la balance 3kg, en temps normal je serais démoralisé, et pourtant c'est un sentiment de sérénité qui m'envahit depuis quelques jours. 11 jours 9 heures et 24 minutes, c'est la récompense des efforts de toute une équipe.

Beaucoup de questions me trottent dans la tête maintenant, aurais-je un jour les co… de m'aligner sur la RAAM ? Cette épreuve est fascinante par sa démesure. Inutile de cacher que l'on franchit allègrement les limites du raisonnable, du prévisible, que l'on flirte avec l'extrême limite. Le défi est gigantesque sur le plan logistique, humain, physique et surtout mental. Après 1500 km de vélo non-stop, seul le mental permet à l'organisme de trouver les ressources nécessaires pour parcourir encore 3 300 km dans des conditions extrêmes. Il faut une volonté incroyable pour rester sur son vélo alors que la température atteint facilement les 45°, que l'humidité de l'air est de 100%, qu'il faut lutter contre le sommeil, lutter contre les douleurs inévitables aux pieds, aux mains, aux fesses…
J'ai d'abord rejeté l'idée de faire la RAAM, une petite voix me dit maintenant: "Peut être un jour…". Le chemin à parcourir est immense et les conditions à réunir innombrables. Avant d'en arriver là il y a des marches intermédiaires passionnantes à gravir.

Posté par rataman à 11:59 - La RAAM du Crazy Gone - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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